Faire du gros son sous Linux : Le guide pour ne pas finir en PLS
Introduction : Linux et la musique, c'est plus la guerre !
Oubliez les légendes urbaines qui racontent que faire de la musique sous Linux demande un doctorat en astrophysique et le sacrifice d'une chèvre noire à minuit. C'était vrai à l'époque où configurer Jack ressemblait à une partie de démineur sur un champ de mines réel. Aujourd'hui, on est entrés dans l'ère de PipeWire, le gendre idéal qui gère tout sans vous faire transpirer.
L'objectif est simple : on va monter un morceau de A à Z, du riff à l'export final. On va même commencer "doorless" (sans DAW) pour jammer avec la spontanéité d'un gamin devant un tas de Lego, avant de passer aux choses sérieuses.
Le Hardware et la Latence : Préparer le terrain
Avant de vouloir jouer les Guitar Hero, il faut que le moteur tienne la route.
• La Carte Son : Si vous voulez du "ça marche tout de suite", la Focusrite Scarlett 18i20 (3ème gen) est la référence. On branche, le noyau Linux sourit, et c'est parti.
• Le réglage magique : Direction Ubuntu Studio Audio Configuration. Réglez votre buffer sur 128 à 48kHz.
Analogie de la Latence : Imaginez que vous commandez une pizza. Si le livreur met 10 minutes, c'est parfait. S'il met 30 minutes, vous avez mangé votre tapis de faim. En MAO, sous les 10ms de latence, votre cerveau ne sent rien. Au-delà, vous allez sentir un décalage entre votre coup de médiator et le son, et votre groove va finir dans le fossé.
• Avertissement : Si vous entendez des craquements ou des "pops", c'est que votre CPU appelle à l'aide. Remontez le buffer à 256. Vous sentirez peut-être un léger décalage, mais au moins vos oreilles ne saigneront pas.
L'Étape "Doorless" avec Carla
Pour jammer sans ouvrir un séquenceur lourd, on utilise Carla (que certains prononcent "Kala" par erreur, mais c'est bien la patronne du routage). C'est votre hub central pour câbler vos plugins graphiquement.
Le flux de signal typique : Entrée 0 -> Gate -> Compresseur -> Sidechain -> Sortie/OBS.
Pro Tip : Attention au bug mental universel. En informatique (Carla), on commence à compter à 0 (l'entrée 1 de votre carte est donc l'Input 0). Dans votre DAW (Ardour), on commence à 1. Si vous passez 10 minutes à chercher pourquoi vous n'avez pas de son, ne cherchez plus : c'est l'indexation qui vous trolle.
La Section Rythmique : Hydrogen et les samples
Pour la batterie, Hydrogen est votre meilleur pote. Mais attention, pour mixer comme un pro, il faut activer l'option magique dans les préférences audio : "create per instrument jack output ports". Cela permet de sortir chaque élément (kick, caisse claire) sur une piste séparée.
• Le Kit : Chargez un Multi-order kit et remplacez les sons par des samples de qualité comme ceux de metal-kick-drum.com (Kick, Snare, Toms).
• Connexion : Choisissez "Jack" dans les options d'Hydrogen. Même avec PipeWire en fond, la compatibilité est parfaite et la stabilité est rock-solid.
Entrée en scène du DAW : Ardour
Une fois le riff trouvé, on ouvre Ardour. C'est votre centre de commande, votre poste de pilotage.
Astuce de survie : Les fenêtres de plugins ont tendance à jouer à cache-cache sous la barre des tâches. Pas de panique : maintenez la touche Windows et cliquez n'importe où sur la fenêtre du plugin pour la déplacer.
Ça vous évitera de balancer votre souris à travers l'écran.
Le flux de travail pour la batterie est crucial :
1. Enregistrez votre performance en MIDI dans Ardour.
2. Envoyez ce flux MIDI vers l'entrée d'Hydrogen.
3. Le Pro Move : Récupérez les sorties audio d'Hydrogen (Kick, Snare, Master) et enregistrez-les immédiatement sur des pistes audio dans Ardour. Une fois que c'est fait, vous pouvez fermer Hydrogen. Vous ne dépendez plus d'un logiciel externe pour votre mix final.
Guitares et Basses : Le son qui tache
• Guitares : Pour faire tourner les plugins Windows comme Neural DSP ou Mixmaner X (alias Maser 10), on utilise Yabridge. C'est fluide, c'est propre, on dirait du natif.
• Le Double Tracking : Enregistrez deux prises différentes. Créez un bus stéréo, envoyez la prise 1 à 100% à gauche et la prise 2 à 100% à droite. Mettez une instance d'ampli sur chaque piste.
C'est le secret du "mur de son" qui vous décolle les plombages.
• La Basse et le Multiband Gate : Pour la basse, le Darkglass B7K Ultra Tone (via Neural Amp Modeler) est un monstre. Mais il peut générer un souffle insupportable.
• L'astuce d'expert : Utilisez le LSP Multiband Gate. Passez les bandes en "solo" pour identifier la fréquence exacte du sifflement, et n'activez le gate que sur cette bande. Vous tuez le bruit sans flinguer le sustain naturel de votre basse.
Le Mixage : La magie du Sidechain
Le Sidechain, c'est le Saint Graal pour éviter la bouillie sonore. L'idée est de créer un Control Bus (bus de commande) qui reçoit les signaux du kick et de la caisse claire.
Utilisez le LSP Multiband Sidechain Compressor sur votre bus de guitares/basses :
• Réglage de précision : Activez l'entrée "External Sidechain" et compressez uniquement le bas du spectre (le low end).
• Résultat : Dès que le kick frappe, les fréquences graves des guitares s'effacent une fraction de seconde. Le kick perce le mix avec la force d'un marteau-piqueur sans que vos guitares ne perdent leur puissance apparente.
Finalisation et Export : Prêt pour la gloire
On ne finit jamais sans un LSP Limiter sur le Master pour donner du corps à l'ensemble.
• Look-ahead : Activez cette option pour que le limiteur anticipe les pics. Attention, cela ajoute de la latence ! On ne l'active qu'au moment du mixage final, jamais pendant l'enregistrement.
• L'export intelligent : Ardour propose des profils d'exportation pour YouTube, Spotify ou Soundcloud. Le logiciel analyse vos LUFS et ajuste le niveau pour que les algorithmes de ces plateformes ne massacrent pas votre dynamique.
Conclusion
Voilà, vous avez la preuve : Linux est un terrain de jeu modulaire incroyable. C'est stable, c'est puissant, et c'est gratuit. Une fois qu'on a compris comment câbler ses idées, la seule limite, c'est votre talent (ou votre patience avec l'indexation à 0).
Maintenant, vous n'avez plus aucune excuse. L'argument du "mon OS ne veut pas lancer mon VST" est officiellement mort.
Alors branchez cette gratte, chauffez les lampes (virtuelles) et allez faire du bruit !
Sources :















